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Les gangs sont-ils mieux payer que les policiers en Haiti ?


“Nous avons, c’est vrai, des contacts étroits avec quelques gangs locaux, pour nous aider à organiser une campagne efficace dans certaines zones. Ce n’est pas nécessairement de notoriété publique, mais c’est parfaitement adapté. Le gangs connaissent les gens de leur quartier et ils peuvent agir auprès d’eux bien plus efficacement que nous ne pourrions le faire nous-mêmes. C’est simple. Ils sont utiles. Sinon, je ne serais pas là”. P.K., assistant d’un homme politique de Boston, déclare

L’an dernier, un massacre similaire avait endeuillé un autre quartier pauvre de la capitale haïtienne : les 13 et 14 novembre 2018, cinq bandes armées s’étaient affrontées pendant plus de quatorze heures sans que la police intervienne malgré, là encore, sa proximité immédiate. Dans leur rapport d’enquête, les Nations unies avaient fait état d’au moins 26 morts et douze disparus quand des organisations haïtiennes de défense des droits humains établissent le bilan à 71 morts.

Soupçonné de complicité dans ce massacre et épinglé dans le rapport onusien, un haut responsable politique, proche du président Jovenel Moïse, n’a été remplacé qu’en septembre 2019. Aucune poursuite judiciaire n’a été entreprise dans le dossier contre lui ou les autres suspects. L’impunité inquiète d’autant les défenseurs des droits humains que le soutien des criminels par des personnes ayant un pouvoir de contrôle sur les douanes et frontières est évident.

Haïti s’enfonce chaque jour davantage dans l’insécurité : les affrontements entre gangs sont devenus quasi quotidiens dans la capitale Port-au-Prince, et des routes majeures de province sont régulièrement bloquées par des bandes armées. Pour contrer ces activités criminelles, la police et les Nations unies tentent de réduire le trafic d’armes, mais sans succès. Le reportage de notre correspondante Amélie Baron.

On comprend bien que les hommes politiques évitent tout contact direct avec les gangs. En fait, ils nient toujours avoir un lien quelconque avec eux, parce qu’ils savent que dans les représentations communes, les gangs sont considérés comme une plaie sociale. Les contacts indirects apparaissent ainsi plus prudents politiquement. De cette façon, l’homme politique peut nier avoir connaissance de toute implication des gangs dans son parti. Ce type de contact s’apparente essentiellement à un moyen de “blanchir” les profits politiques engrangés lors de telles transactions.

La Commission nationale de désarmement de démobilisation et de réinsertion a déjà dénombré l’existence de soixante-seize gangs armés dans le pays. Ce chiffre peut paraître énorme, mais il n’est pourtant pas exhaustif. «  Nous avons répertorié jusqu’à présent soixante-seize gangs à travers  tout le pays. Et nous n’avons pas encore terminé », a  déclaré Jean Rebel Dorcénat, membre de la CNDDR, sur Magik 9 lundi matin.  Le nombre de membres qui font partie de ces groupes armés varie. «  Il y en a qui comptent dix membres, d’autres quinze, d’autres encore soixante ou quatre-vingt », précise le commissaire. Il a aussi souligné le cas de  Lanmò Sanjou qui a 349 hommes dans sa base à Croix-des-Bouquets.  A cette date, la commission s’est déjà entretenue avec plus de soixante-dix pour cent des chefs de gangs armés, a fait savoir Jean Rebel Dorcénat rapportant que la plupart de ces gangs  imposent certaines conditions pour déposer les armes.

Toutefois, on doit souligner un point important: tous les groupes politiques (hommes politiques, travailleurs sociaux et animateurs des associations de quartier) ont en commun de mettre en œuvre ou de soutenir une politique publique officiellement conçue soit pour éliminer les gangs ou au moins pour contrôler leurs activités de manière significative. Cependant, pour étendre ou protéger leurs propres intérêts, ils travaillent tous de fait avec les gangs. En dernière analyse, les liens quasi-formels ainsi produits relèvent plus de la régulation et de l’accommodement ; ils contribuent effectivement à asseoir la persistance des gangs, puisqu’ils impliquent en retour une plus grande immersion de ces derniers dans la société toute entière.


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